LE GESTE et LA PENSEE

Rédigé le 07/07/2020
Musée départemental des arts asiatiques de Nice

L'exposition de l'artiste BAI MING au Musée départemental des arts asiatiques de Nice du 11/07 au 29/09

Une rencontre entre un artiste et un lieu
Les œuvres de Bai Ming reflètent une sensibilité particulière pour l’architecture et le design.
Sa conception de l’espace, ses choix d’échelles, son sens de la composition trouvent des correspondances dans l’architecture de Kenzo Tange aux formes pures et délicates.
Le plasticien chinois et l’architecte japonais ont en commun un design de la simplicité apparente qui porte en lui plus de mille ans d’histoire et de réflexion en Extrême- Orient.
Cette apparence efface délibérément les années d’étude, de travail et d’expérimentation pour offrir la quintessence de ce qui est produit. Les deux artistes partagent également une relation privilégiée avec le cosmos et leur démarche vise une forme de recréation du monde.
D’un côté, Kenzo Tange reprend les figures fondamentales que sont le carré et le cercle et les agence à la manière d’un mandala pour inscrire son bâtiment dans la sphère asiatique.
De l’autre, Bai Ming se place dans la continuité de l’esprit lettré dans lequel l’artiste-démiurge fait surgir le monde en combinant Vide et Plein.
Dans ces univers réinventés, l’environnement et la nature occupent une place centrale. En effet, le musée de marbre et de verre ne s’envisage pas dans l’esprit du Japonais sans le parc et le lac qui l’entourent.
Tout est fait pour que l’expérience de l’extérieur s’immisce dans celle de l’intérieur. De même, les œuvres du Chinois présentent essentiellement des éléments naturels qui s’animent sur leur support et contiennent une signification philosophique.
Enfin, il est important de rappeler que le musée a été pensé pour créer un pont entre l’Asie et l’Occident.
Fort de son expérience et de ses réflexions dépassant les frontières, Bai Ming fait partie de ces artistes, vecteurs de partage, qui déclenchent ce voyage intérieur.

L’artiste

Bai Ming est né en 1965 à Yugan dans la province du Jiangxi (Chine), à une centaine de kilomètres de Jingdehzhen, capitale mondiale de la porcelaine. Lauréat en 1990 du concours d’entrée à l’Académie centrale des beaux-arts et de l’artisanat (Pékin), il y étudie l’art et les techniques de la céramique. Profon- dément marqué par son apprentissage chinois, il aura toujours à cœur d’en- richir ses réflexions de références issues d’une histoire de l’art mondial. Son vocabulaire plastique reprend ainsi des formes et des motifs chinois mais il s’est aussi nourri des travaux de Lucio Fontana sur l’espace, de Marcel Duchamp sur la perception ou encore d’Antoni Tàpies sur la matière. Bai Ming est au- jourd’hui professeur à l’Université Tsinghua (Pékin) où il dirige le département Céramique de l’Académie des arts et du design. Il est reconnu mondialement pour ses recherches universitaires ainsi que pour ses productions artistiques. Certaines de ses œuvres ont été acquises par de grandes institutions muséales telles que le British Museum (Londres), les National Art Museum of China et National Museum of China (Pékin), et le musée Cernuschi (Paris).

Dix ans après une mémorable résidence à Vallauris, Bai Ming visite le musée départemental des arts asiatiques de Nice en octobre 2019 et reconnaît un lien conceptuel entre l’institution et sa production artistique. Un dialogue s’est éta- bli pour faire résonner les correspondances et proposer une redécouverte du musée grâce aux œuvres de l’artiste chinois.

L’esprit asiatique :
Bai Ming et les collections du musée

L’œuvre de Bai Ming convoque l’esprit qui habite les collections du musée départemental des arts asiatiques. Constituées avec soin à partir de 1996, celles-ci forment une sélection représentative des arts et des traditions pratiqués sur l’ensemble du continent. Les céramiques, peintures et laques de Bai Ming y trouvent naturellement leur place et remettent en perspective les œuvres anciennes présentées dans les salles, de la matière à la signification en passant par les formes et les techniques. Elles permettent de rappeler la profonde spiritualité qui a influencé les artistes au fil des siècles. Les œuvres du plasticien teintées de bouddhisme faisant référence aux grottes de Mogao (Dunhuang, Chine) ou portant des motifs tels que le lotus conversent paisiblement avec les sculptures installées dans la rotonde dite « bouddhique » du musée, espace dédié au dénominateur commun des civilisations asiatiques. Le taoïsme est également une grande source d’inspiration et de référence pour Bai Ming : le titre de sa série Great Achievements like Incomplete Series est une citation du Livre de la Voie et de la Vertu, texte attribué à Laozi. Les œuvres créées dans cet esprit font écho à des pierres de lettrés ou encore à une robe de prêtre taoïste présentées dans l’exposition permanente du musée. Au-delà du sacré, du philosophique et du monde chinois, les productions de Bai Ming entrent également en résonnance avec les œuvres originaires du Japon, d’Inde et d’Asie du Sud-Est exposées au musée. A titre d’exemple, son œuvre intitulée Straw Mat Veins Like Book Shadows accompagne un très rare paravent japonais portant des scènes extraites de la littérature insulaire. La correspondance se fait sur la signification savante des pièces mais aussi sur le choix du papier comme matériau et son traitement précieux.


Commissariat de l’exposition : Adrien Bossard, conservateur du patrimoine, directeur du musée départemental des arts asiatiques de Nice




MUSÉE DES ARTS ASIATIQUES

UN CARREFOUR DE CULTURES

Le musée départemental des arts asiatiques est géré par le Conseil départemental des Alpes-Maritimes. En 1987, le Département a commandé au célèbre architecte japonais Kenzo Tange la conception architecturale d’un musée dévolu à la connaissance de l’art et de la culture du monde, inauguré en octobre 1998.
Implanté sur un site d’exception, érigé sur un lac artificiel, à l’intérieur d’un parc floral de sept hectares, le long de la célébre Promenade des Anglais, face à l’aéroport de Nice Côte d’Azur et en plein cœur du nouveau centre d’affaires I’Arénas, ce chef-d’œuvre de marbre blanc crée un véritable pont entre les cultures et les sensibilités des continents européen et asiatique. Il s’adresse à un large public et le confronte à des objets de haute qualité, caractéristiques de l’esthétique des cultures évoquées.

La grande originalité du pari retenu, plus proche d’un concept extrême-oriental qu’occidental, réside dans une volonté de s’appuyer sur des collections anciennes, servant de références historiques et esthétiques, pour exprimer la pérennité des traditions jusque dans les créations les plus modernes. Stylisme et design, meubles et objets usuels appartenant, sans critères de dates, aux arts du quotidien, ainsi que pièces ethniques remarquables, témoignent de la diversité des cultures asiatiques et de la qualité d’un savoir- faire sauvegardé, le plus souvent, par une pratique ininterrompue.

Quant à la présentation muséographique conçue par l’architecte François Deslaugiers, elle va dans le sens d’une mise en valeur totale de l’objet par des supports de verre susceptibles de disparaître, de ne pas créer de distorsion pour l’œil avec les matériaux clés du bâtiment, marbre, métal et verre, et un éclairage peaufiné, faisant de chaque pièce une œuvre unique, apparaissant magiquement dans la lumière.

La visite commence par le rez-de-chaussée avec quatre salles en forme de cube consacrées aux deux civilisations mères de l’Asie, la Chine et l’Inde, puis le Japon et l’Asie du Sud-Est. Au premier étage, la rotonde, couronnée d’une pyramide en verre, est réservée au bouddhisme, élément unificateur du monde asiatique et reçoit également des expositions d’art contemporain. Au sous-sol, la visite se poursuit par l’exposition temporaire et au rez-de-chaussée, par le pavillon de thé, espace architectural japonais dédié aux cérémonies du thé.

Prenant appui sur les références anciennes et contemporaines constituées par la collection permanente du musée, les expositions temporaires associent également tradition et modernité, arts de cour et expressions populaires ou tribales, ainsi que créations contemporaines ouvrant sur le XXIe siècle.

 


MUSÉE DES ARTS ASIATIQUES , 405 Promenade des Anglais 06200 Nice
Le musée départemental des arts asiatiques est ouvert tous les jours, sauf le mardi.
Du 1er septembre au 30 juin : de 10h à 17h et du 1er juillet au 31 août de 10 h à 18 h.