Portrait d'une artiste, Liza Kerob

Rédigé le 22/03/2020
Liza Kerob


J'ai commencé le violon à l'âge de 5 ans, et cela s'est avéré être une passion dévorante dès mon plus jeune âge.
Jouer du violon était une nécessité et l'instrument avait remplacé tous les jouets et poupées.
À 12 ans j'ai fait le choix de me consacrer totalement au violon, en continuant quand même les études scolaires jusqu'au bac.
Je suis entrée à 16 ans au Conservatoire National Supérieur de Paris où j'ai étudié avec Gérard Poulet, puis je suis allée à l'Institut Curtis de Philadelphie où j'ai étudié avec Aaron Rosand.
Après 4 années  à Philadelphie, j'ai décidé de continuer à New York à la Juilliard School avec Glenn Dicterow.
De retour en France j'ai passé le concours de violon solo super soliste à l'orchestre de Monte-Carlo où je suis maintenant depuis 20 ans.
Cette fonction est passionnante mais aussi pleine de responsabilités, elle demande un travail inouï de préparation, de concentration, et de confiance en soi.
Être à la tête d'un orchestre de cette envergure exige une grande écoute et beaucoup de diplomatie.
En effet le violon solo doit être "l'ambassadeur" du chef d'orchestre et l'aider, par des moyens techniques et instrumentaux, à obtenir la qualité de son, l'énergie,  les couleurs qu'il souhaite.
Un orchestre est comme une grande entreprise, avec autant de personnalités que de musiciens, il faut donc être très diplomate et savoir s'adresser à chacun d'entre eux avec respect et bienveillance.
L'autre avantage d'être un musicien d'orchestre est la stabilité. Appartenir à un orchestre oblige à passer une grande partie de son temps dans un lieu fixe, l'endroit où l'on habite, ce qui facilite aussi une éventuelle vie de famille.
Le fait d'être supersoliste de mon orchestre est pour moi une solution idéale.
J'ai à la fois une stabilité et du temps pour m'occuper de mes enfants, et beaucoup de liberté pour voyager est jouer en soliste et en musique de chambre de par le monde...
Être musicien, quel métier passionnant!!
Quel privilège de pouvoir donner du bonheur aux gens grâce à la musique et de voir le public heureux et ému à l'issue d'un concert!!
Quand je pense à ma vie, je me sens ultra privilégiée de pouvoir vivre de ce que j'adore, et j'ai rarement l'impression d'aller au travail.
Énormément de gens pensent qu'un musicien accompli est doué...., je n'y crois pas vraiment. Pour moi il y a peut-être une facilité, une bonne oreille, une prédisposition physique POUR TEL OU TEL INSTRUMENT, , mais avant toute chose il y a surtout derrière la réussite une envie folle d'apprendre, un grand amour de la musique et une immensité de travail que le public ne peut pas voir.
Le moment du concert doit être un moment de grâce où tout paraît simple et naturel, mais ô combien d'heures, de semaines, de mois de travail pour surmonter les innombrables difficultés d'une partition et la rendre naturelle comme un discours qui sortirait du cœur!!!
Il y a parfois des moments magiques sur scène où l'on peut entrer en transe et oublier quE L 'on a les pieds sur terre... ces moments sont d'autant plus extraordinaires qu'est difficile l' INSTANT où l'on redescend sur terre.
Les après concerts sont chargés d'émotion mais peuvent aussi être difficiles à gérer. On passe d'un monde de rêve, de magie, de beauté parfaite, à un monde humain fait de mille problèmes.
Je me souviens en 2018 du Concerto de Stravinsky que j'ai joué 5 fois avec l'Orchestre de Monte-Carlo. Ce concerto m'a demandé une année de travail tant il est difficile.
Et après les concerts, tout était fini, tout ce travail envolé !!
Des milliers d'heures de travail acharné, à répéter encore et encore les mêmes lignes, les mêmes traits, avant de les maîtriser totalement.
On peut passer des journées entières sur une page sans sentir aucun progrès, puis un jour la difficulté est  surmontée!!
Ce travail  d'orfèvre doit être recommencé quotidiennement, inlassablement, sans jamais baisser les bras.
Bien sûr cela peut créer des problèmes avec le voisinage, qui profite rarement du concert et doit supporter ce dur labeur!!
D'où la nécessité parfois d'apaiser ses voisins en jouant quelque chose de doux et harmonieux....
L'autre aspect absolument merveilleux de notre métier est le voyage.
Les rencontres que nous faisons tout au long de notre vie nous enrichissent incroyablement. Mon violon m'a emmenée dans des endroits du monde où jamais je n'aurais pensé aller un jour: Mayotte, Oman, Santiago du Chili, Turku en Finlande, la Réunion, Samara en Russie, Sarajevo,  Philippines, et tant d'autres.
À chaque fois et sur chaque continent, le langage de la musique se fait comprendre et le public s'unit dans une même harmonie.

Liza Kerob

Liza Kerob a créé en 2011 le Trio Goldberg de sa rencontre avec le violoncelliste Thierry Amadi (1er violoncelle solo à l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo) et avec l'altiste Cyrille Mercier. Ce dernier est remplacé désormais par Federico Hood (1er alto solo à l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo). Le Trio Goldberg aborde un large répertoire allant de Mozart à Schnittke, dont les célèbres et ardues Variations Goldberg de Jean-Sébastien Bach.
Elle met régulièrement sa générosité au service de différentes associations parmi lesquelles l'Association Cultura, particulièrement sensible au monde du handicap et qui soutient de jeunes artistes, l'Association Albatros pour la 7e journée mondiale des soins palliatifs, l'Association Alumni Poulenc qui accompagne les nouveaux diplômés du Département Musicologie de Tours, en début de carrière.
Elle joue régulièrement pour l'Association Amiased, qui vient en aide à l'enfance déshéritée du Burkina Faso.
En décembre 2019, elle a été invitée à jouer à Paris, pour le 30ème anniversaire du comité Yad Vashem, avec la pianiste Caroline Sageman.

Après avoir joué pendant seize ans sur le violon de Jean-Baptiste Vuillaume ayant appartenu au violoniste Henrik Szeryng (1918-1988) et offert au prince Rainier III de Monaco, elle joue désormais sur un violon de Giovanni Battista Gabrielli, datant de 1754, qui lui est prêté gracieusement par une collection Suisse privée.